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Zehnder est présent sur deux marchés, les émetteurs de chaleur et la ventilation. Comment se portent ces deux activités ?
Au global, sur l’année 2024, les deux activités ont été pénalisées par une conjoncture difficile, avec un CA en régression au niveau mondial comme au niveau européen. Néanmoins, la tendance s’est inversée sur le marché de la ventilation. Le CA ventilation en Europe est en croissance de 16 % au deuxième semestre par rapport à la même période de l’année précédente.
Le neuf n’offre pas tellement de raisons d’espérer cette année. Mais voyez-vous des signaux encourageants côté rénovation en résidentiel ?
Du côté de la rénovation en résidentiel, je suis raisonnablement optimiste ! Elle est très fortement liée au volume des transactions immobilières dans l’ancien, et de ce point de vue plusieurs signaux avancés sont plutôt au vert. Les taux baissent depuis février 2024, et de façon logique les crédits immobiliers redémarrent depuis le printemps. Les prix ont baissé et les intentions d’achat repartent à la hausse. Elles sont à des niveaux proches de ceux de 2020. Les dernières annonces des réseaux d’agences immobilières vont dans le même sens. Or, on sait que la corrélation est forte entre transactions immobilières et travaux de rénovation énergétique, avec quelques mois de décalage.
Et le non résidentiel vous donne-t-il aussi des raisons d’espérer ?
Du côté du neuf, les marchés sont à la peine. Les surfaces commencées restent en baisse de plus de 10 %, même si les bâtiments d’enseignement sont stables et les locaux de santé en croissance. En rénovation, des forces s’opposent. Les contraintes budgétaires et la situation économique peuvent ralentir les travaux de rénovation énergétique, en particulier pour les collectivités, mais à l’inverse le décret tertiaire a fixé des objectifs ambitieux qui portent notamment notre activité panneaux rayonnants. Ces produits permettent des économies substantielles. Ils permettent des économies d’énergie de 20 à 30 %, et même de 60 à 70 % lorsqu’ils sont combinés à une pompe à chaleur.
Les radiateurs sont rarement inclus dans la réflexion sur la rénovation énergétique. Des produits actuels, basse température, peuvent toutefois limiter grandement les besoins. Faut-il accentuer la communication ?
On a beaucoup parlé de PAC, mais une PAC basse température implique de choisir le bon émetteur pour ne pas créer de déception. Il faut aussi communiquer. Zehnder et Acova réalisent chaque année des centaines de sessions de formation et de sensibilisation pour les installateurs. Mais il faut aussi le faire en tant que filière, c’est pourquoi sous l’égide d’Uniclima, l’ensemble des fabricants a lancé le site radiateurs-eau.com, qui partage ces problématiques. Nous l’enrichirons et étendrons la communication en 2025. Il faut penser aux émetteurs lors d’un changement de générateur, mais pas seulement. Il y a en France 16 millions de radiateurs à eau chaude installés, avec une moyenne d’âge de 50 ans. Or, les radiateurs ont un peu changé en 50 ans, et pas seulement en termes d’esthétique ! C’est encore plus vrai si on pense aux radiateurs électriques, qui embarquent désormais beaucoup d’intelligence.
La ventilation semble mieux se tenir. Qu’est-ce qui aujourd’hui porte ce marché ?
Cette activité est de plus en plus portée par la rénovation, pour les économies d’énergie et pour la qualité de l’air. Pas de rénovation sans ventilation, ça devrait être un réflexe pour l’ensemble des professionnels du bâtiment. Au-delà de la santé, la VMC double flux contribue au confort d’été.
La double flux reste encore peu développée en France. Que faut-il pour faire évoluer les mentalités ?
Depuis le Covid, les préoccupations de qualité de l’air ont pris de l’importance. Mais elle n’a pas si simple à appréhender ! Cet enjeu de société, humain et financier, est estimé aux alentours de 19 Md€ chaque année. On sait par ailleurs que l’augmentation du taux de CO2 a un fort impact cognitif, qui a conduit à l’obligation de campagnes de mesure dans les établissements scolaires. Il faudrait aller plus loin dans les obligations de renouvellement d’air.
Visualiser les polluants peut aussi aider. Les capteurs de qualité de l’air – nous en avons d’ailleurs un dans les locaux de Zehnder – aident à prendre conscience et à nourrir la réflexion sur les travaux de ventilation, et plus globalement sur les produits qui nous entourent.
Le groupe Zehnder a annoncé la fin de sa production de radiateurs en Suisse, et le rapatriement de cette activité dans votre usine dans l’Aisne. La France est-elle donc une terre de délocalisations ?
La France peut devenir une terre de relocalisations ! Le groupe a annoncé la fermeture du site de Gränichen, et la relocalisation de la production sur le site de Vaux-Andigny, dans un contexte d’érosion du marché européen. La France a les compétences et les savoir-faire industriels qui permettent cette relocalisation. D’ailleurs, Acova signifie à l’origine « Ateliers de construction de Vaux-Andigny ».
L’intelligence artificielle intéresse, et se propage à grande vitesse. Comment la voyez-vous changer d’une part votre activité, et d’autre part celle de vos clients ?
La prospective est compliquée à la vitesse du changement de l’IA ! Chez Zehnder, nous avons mis en place un programme d’accompagnement des collaborateurs pour leur permettre d’appréhender l’impact de l’IA. Elle se développe beaucoup dans le quotidien des équipes, pour rédiger des comptes rendus, générer des documents marketing, traduire en instantané – qui n’est pas rien dans un groupe international. Nous travaillons aussi à l’intégration de l’IA pour améliorer la relation avec nos clients, par exemple dans l’accompagnement technique. Combiner notre base de connaissances avec des chatbots peut améliorer ce suivi. Mais il faut une data gigantesque, dans un souci de confidentialité, avec également un sujet de validité des résultats de recherche.
Le monde du génie climatique est très masculin. Au vu de votre expérience de ce secteur, inciteriez-vous les femmes à rejoindre cet univers ?
Les femmes sont de plus en plus nombreuses à des postes de direction dans l’univers du bâtiment, mais plus dans les matériaux de construction et la distribution que dans le génie climatique. Pourtant, les enjeux sont tout aussi passionnants !
« Une PAC basse température implique de choisir le bon émetteur pour ne pas créer de déception. »
1996
Diplômée de l’Essec
2005
Directrice produits chez Brico Dépôt
2008
Directrice marketing de Weber France
2016
Directrice des opérations de La Plateforme du bâtiment
2023
Directrice générale de Zehnder Group France