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INTERVIEW D'EMMANUEL ACCHIARDI

« N’ayez pas peur ! »

Eric Leysens | 4 octobre 2018 |

Sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction au sein des ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires, Emmanuel Acchiardi livre à Génie climatique Magazine les premières tendances de la successeur de la RT 2012 qui entrera en application dès 2020.

 








La RT 2012 est-elle en fin de vie ?

Avec le projet de loi Elan, nous y voyons plus clair. La publication des textes de la future réglementation environnementale pour les bâtiments neufs est désormais actée à 2020. Et 2020, c’est demain ! Donc concrètement, nous devrons prochainement lancer des travaux préparatoires en lien étroit avec les acteurs. Bien entendu, l’expérimentation E+C- qui se poursuit, sera valorisée au maximum pour tirer les fruits des retours d’expérience..

 

Faut-il s’attendre à un gros gap sur l’exigence de performance énergétique ? Sur les 355 bâtiments évalués à ce jour dans le cadre de l’expérimentation E+C- (94 bâtiments de logements collectifs, 225 maisons, 36 bâtiments tertiaires), nous observons que la plupart (80 %) atteignent le seuil Energie 2 (équivalent à RT2012 - 10 % pour le résidentiel) et 20 % atteignent l’ Energie 3. Il y a un espace important entre le niveau Energie 2 et Energie 3 que les opérations peinent à franchir aujourd’hui. Cette difficulté rentrera bien entendu en ligne de compte au moment de placer le curseur réglementaire.

 

Y aura t-il bien une exigence à la fois sur l’énergie et sur le carbone ?

Oui, il y aura un socle minimum à respecter sur les volets énergie et carbone car c’est un fondement de la performance environnementale des bâtiments que le gouvernement souhaite développer. La DHUP met à l’étude la possibilité d’obtenir des « points supplémentaires » en concentrant l’effort sur l’un des deux critères, l’idée étant de préserver les possibilités d'innovation en faveur de bâtiments à énergie positive et bas carbone. C’est le système « socle + points ».

 

Est-il également acté que les consommations des prises électriques (machine à laver, télé, ordinateur…), non prises en compte dans la RT 2012, intègrent le calcul de la future réglementation ?

L’énergie consommée pour recharger votre téléphone figure sur votre facture. Alors si on souhaite que la réglementation reflète davantage la vraie vie, il est indispensable de l’intégrer à la méthode de calcul. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous passerons à côté d’un poste de consommation qui pèse de plus en plus lourd. Avec les RT successives, nous avons réduit significativement nos consommations de chauffage ; nous devrons nous attaquer aux consommations des prises électriques qui tendent à devenir le premier poste énergétique d’une habitation. Mais, cela ne va pas tomber comme un couperet. Nous avons encore besoin de parfaire notre connaissance sur ce sujet. Nous mettrons tout d’abord une valeur forfaitaire pas trop pénalisante, et le jour où nous serons capables de calculer plus finement, nous la préciserons.

 

Constatez-vous dans les projets de l’expérimentation E+C- un vecteur énergétique qui l’emporte ?

De ce que nous en voyons pour l’instant dans l’expérimentation, nous sommes dans une forme d’équilibre entre électricité et gaz. Tous les vecteurs énergétiques semblent tirer leur épingle du jeu. Ce constat désamorce la crainte légitime que le futur cadre réglementaire pourrait exclure une énergie ou une autre.

 

Le fait que le bois-énergie compte pour « 0 » dans le bilan des consommations n’est-il tout de même pas une manière de favoriser ce vecteur énergétique ?

Le bois-énergie ne compte pas dans le bilan énergétique BEPOS tout comme les autres énergies renouvelables. Pour autant, dans le bilan Carbone calculé selon E+C-, l’impact du bois-énergie en matière d’émissions de gaz à effet de serre est comptabilisé ce qui est lié au fait qu’il faut émettre du CO2 pour exploiter une forêt et couper le bois, le conditionner, le transporter, … Le bois-énergie ne pèse donc pas rien dans le bilan carbone.

 

Les simulations réalisées par le BE Tribu pour le syndicat Uniclima montrent qu’il est possible d’atteindre le niveau E3 en associant du photovoltaïque à une chaudière gaz à condensation « ordinaire ». La future réglementation ne risque-t-elle pas de trop favoriser le PV ?

J’entends cette crainte chez les acteurs du génie climatique. Mais n’oublions pas que si le PV est un moyen efficace pour améliorer le bilan énergétique, bien qu’il faille encore que la surface et l’exposition du toit le permettent, l’usage de panneaux photovoltaïque alourdit aussi l’empreinte carbone. Les représentants des différentes filières de l’énergie seront associés à la rédaction de la future réglementation et il est dans l’intérêt de l’Etat, pour des raisons de sécurité d’approvisionnement et de gestion de la pointe, d’avoir un mix énergétique équilibré. Cela serait une erreur de tout miser sur une seule.

 

Néanmoins, ne serait-il pas judicieux, de manière à éviter une victoire écrasante du PV redoutée par un certain nombre, d’imposer comme c’est le cas en Allemagne, un taux minimum en chaleur renouvelable ?

Nous allons devoir aborder avec les acteurs le sujet de la promotion des énergies renouvelables (dont la chaleur renouvelable) sinon les directives européennes qui le demandent vont nous rattraper. Il faut bien voir qu’un ratio représentant la part d’énergie renouvelable et de récupération existe dans le référentiel E+C- et il est testé dans le cadre de l’expérimentation E+C- pour voir s’il n’exclut pas de solutions. Le bilan BEPOS permet aussi d’inciter à recourir aux énergies renouvelables.

 

Cette nouvelle réglementation marquera- t-elle également un virage sur la prise en compte du confort d’été ?

Le confort thermique est devenu tout autant un sujet estival qu’hivernal. La Température Intérieure Conventionnelle (TiC) de la RT 2012 est un indicateur inopérant. Il faut le remplacer. Nous travaillerons donc à introduire dans la future réglementation un nouvel indicateur. Cela pourrait être l’Indicateur de Durée d’Inconfort d’Eté Statistique (DIES). Il y a là un véritable nouveau défi : réduire d’un cran supplémentaire les consommations des habitations tout en offrant un confort d’été supplémentaire. De quoi stimuler l’innovation …

 

Et la question de la qualité de l’air sera-telle intégrée dans la future réglementation ? Y aura-t-il une obligation de contrôle de la ventilation à la livraison ?

Le sujet de la qualité de l’air des bâtiments est crucial, et il est en relation étroite avec la future réglementation que cela soit sur les aspects énergétique et environnemental. Il y a en fait plusieurs manières de traiter ce sujet : une révision de la réglementation ventilation qui commence à dater (1982), l’instauration d’une obligation d’attestation à l’achèvement des travaux sur le respect de la réglementation ventilation, la prise en compte de la qualité sanitaire des produits de construction, ... Il faut regarder de près comment appréhender cette question et comment elle peut s’articuler avec les autres sujets qui sont à mettre à l’étude. Rien n'est décidé encore.

C’EST DIT

«Nous devons intégrer la consommation des prises de courant à la RT afin qu'elle reflète davantage la vraie vie ».



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