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MARCHÉS

Inversion de tendance dans le domaine de la production d'eau chaude

F. S. | 1 octobre 2012 | Climat + confort n° 0130

Photo : DR
Les ventes de chauffe-eau solaires collectifs passent devant celles de chauffe-eau solaire individuels. L'explication tient à la RT 2012 mais pas seulement.

Le marché du solaire thermique a été tiré par les ventes de chauffe-eau solaire individuels (Cesi). Mais, depuis 2008, on assiste à une inversion de tendance au profit des chauffe-eau solaires collectifs (CESC), au point de devenir majoritaires cette année (voir à ce propos le graphique éloquent de l'évolution des ventes). Pourtant, on aurait pu penser que la démarche BBC et l'imminence de réglementation thermique 2012 allaient favoriser le développement du Cesi dans la construction neuve, puisqu'il est exigé une part d'énergies renouvelables en maisons individuelles (différentes solutions étant possibles).

Le Cesi encore trop cher

Mais voilà, la filière n'a pas su faire baisser les prix, au point qu'il est désormais concurrencé par d'autres solutions plus compétitives : non seulement les chauffe-eau thermodynamiques individuels mais aussi, dans le cas d'une boucle à eau chaude, les Pac air/eau double-service et les chaudières associées à une micro-Pac. Dans cette dernière configuration de la chaudière hybride, l'objectif est de produire au moins 5 kWh/m2.an d'énergie primaire d'ENR, conformément à la RT 2012.

Fourni-posé, le Cesi est généralement proposé autour de 7 000 euros TTC, pour une surface de l'ordre de 4-6 m2 de panneaux solaires et un ballon de stockage de 200-300 litres, une configuration généralement suffisante pour assurer les deux tiers des besoins d'ECS d'une famille.

La solution du chauffe-eau thermodynamique est moins chère puisqu'elle est généralement proposée fournie-posée autour de 3 500 euros TTC. De plus, la mise en oeuvre est plus simple que le Cesi (en configuration récupération des calories sur l'air ambiant) puisqu'elle s'apparente à l'installation d'un chauffe-eau électrique. De plus, le professionnel n'a pas à intervenir sur le toit. Quant à la Pac double-service et à la chaudière hybride, ces solutions sont avantageuses puisqu'elles réunissent sous un même capotage les fonctions chauffage et production d'eau chaude sanitaire, donc a priori des économies d'échelle.

Pas étonnant dans ces conditions que les ventes de Cesi chutent, d'autant que la clientèle des « bobos » prête à payer pour une solution écologique s'amenuise au fur et à mesure que la crise économique progresse (voir l'avis d'expert sur les motivations d'achat des Français en p. 54, désormais centrée sur les économies d'énergie). Idem pour les systèmes solaires combinés (SSC), assurant le chauffage et la production d'ECS, dont les ventes chutent au point de marginaliser cette solution (voir graphique).

Développement des systèmes solaires collectifs

On assiste en revanche au développement des chauffe-eau solaires collectifs (CESC). L'explication tient clairement à l'impact de la démarche BBC bien qu'il n'y ait pas, comme dans le domaine de la maison individuelle, d'exigence minimale sur les sources d'ENR. En fait, dans le collectif, on assiste à un basculement massif du chauffage par radiateurs électriques (de l'ordre de 60 % de parts de marché auparavant) vers le chauffage par chaudière gaz généralement centralisée (de l'ordre de 80 % de parts de marché aujourd'hui). Place donc à la boucle à eau chaude.

La solution retenue par les bureaux d'études pour satisfaire les exigences consiste à associer un chauffe-eau solaire collectif au générateur gaz, ce qui évite de recourir à des techniques d'isolation pas toujours faciles à mettre en oeuvre, telles que les rupteurs de ponts thermiques. Mais les choses sont en train de changer. Avec l'expérience et la pratique des chantiers BBC, les bureaux d'études arrivent désormais à faire en sorte que le renforcement de l'isolation suffise sans devoir faire appel à un CESC, y compris dans le nord de la France.

Les fabricants de génie climatique ont dès le début de l'année senti le vent tourner et craignent que cela préfigure la situation au 1er janvier 2013, lorsque la RT 2012 entrera en vigueur. C'est pourquoi le syndicat Uniclima a décidé de réagir en interpellant les pouvoirs publics à ce sujet. Sa crainte, exprimée par la bouche d'Yves Carl président du comité stratégique ENR solaire et biomasse (et par ailleurs directeur marketing de Viessmann), est que le marché retombe comme un soufflé. Leur demande est donc la suivante : revenir sur le bonus de 7,5 kWh/m2.an accordé au collectif jusqu'au 1er janvier 2015. D'autant que les industriels indiquent avoir accompli de réels progrès, qui se traduisent aujourd'hui par un coût d'investissement lié à la production d'eau chaude sanitaire de 1 000 euros par logement (voir en p. 30 les solutions techniques mises au point).

La réglementation en renfort

Yves Carl avance par ailleurs des facteurs positifs pour la filière : « dans le cadre des directives Eco design et Labelling, pour le lot 1 chauffage, le projet de règlement devrait permettre de faire passer les chaudières à condensation de la classe A à la classe A++, lorsqu'elles sont couplées à un système solaire thermique ». Mais ce n'est pas tout. L'année 2012 marque le démarrage de la certification NF Cesi « avec, d'ores et déjà, 20 marques commerciales et plus de 100 gammes de Cesi certifiées au 1er septembre 2012 », selon Yves Carl.

Il existe cependant des zones d'ombre. En effet, Uniclima s'interroge sur la bonne prise en compte de la certification NF Cesi dans le moteur de calcul de la RT 2012. « À ce jour, les résultats des calculs effectués ne récompensent pas cette démarche ni les efforts financiers consentis par les industriels pour répondre aux exigences de cette certification. Il convient d'ailleurs de noter que le label Promotelec exige la certification NF Cesi depuis le 1er septembre 2012 », précise Valérie Laplagne, permanente du syndicat.

Les aides financières

Le solaire thermique bénéficie d'une continuité dans le soutien par des aides publiques, que ce soit dans le secteur individuel ou collectif. En logement individuel, le crédit d'impôt atteint un taux de 32 %, bonifié à 40 % dans le cas de bouquets de travaux. Compte tenu de la stagnation du marché, le syndicat Uniclima souhaite que ce soutien soit maintenu tel quel pour 2013.

En ce qui concerne l'Éco-PTZ, il prend en compte le Cesi et le SSC. Mais ce dernier représente une seule catégorie de travaux, alors qu'il répond aux besoins en chauffage et eau chaude sanitaire. En bonne logique, le syndicat estime que les systèmes solaires combinés devraient constituer, à eux seuls, un bouquet de travaux.

Dans le secteur collectif, le Fonds chaleur de l'Ademe, en place depuis 2009, reste d'actualité (voir tableau ci-dessous).

Dans les secteurs individuel et collectif, le dispositif des certificats d'économies d'énergie (CEE) permet de valoriser les installations de Cesi, de SSC ou d'eau chaude solaire collective dans les bâtiments existants. Des fiches d'opérations standardisées existent pour les différentes applications :

- Cesi : BAR TH 01 ;

- ECS solaire collective : BAR TH 02 ;

- SSC : BAR TH 43.

Dans l'existant, les CEE sont les relais de l'aide publique directe.



Consulter l'intégralité du dossier " SYSTÈMES SOLAIRES "

Plus de Photos

« Nous souhaitons que soit supprimée dans la RT 2012 la période dérogatoire pour le résidentiel collectif. » Yves Carl, président du comité stratégique ENR solaire et biomasse d'Uniclima.© C C

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