Entreprises et marchés

Insufflation, effet Joule et autoconsommation : recette bretonne pour tendre vers une facture énergétique nulle

GC Magazine | 27 février 2018 |

© Ventilairsec
Le constructeur breton Maisons de l’Avenir s’est associé avec le spécialiste nantais de la ventilation mécanique par insufflation Ventilairsec Group et le fournisseur normand de panneaux PV Terre Solaire pour déployer des maisons « tout élec » à la facture énergétique quasi-nulle et qui assurent une meilleure qualité de l’air intérieur.




Le CMIste Maisons de l’Avenir – qui produit 400 maisons par an – lance une gamme de maisons baptisée « Bati Activ ». La première de la famille, d’une surface de 93 m², sera livrée cette année à Vallet en Loire-Atlantique et Maisons de l’Avenir espère en livrer entre 80 et 100 par an.

Fortement isolée (40 cm d’épaisseur, soit 30 à 50 % d’isolation de plus qu’une maison RT 2012) et conçue d’une façon « bioclimatique » (elle se passe d’équipements de chauffage, type PAC ou chaudière à condensation), la maison Bati Activ assure son renouvellement d’air grâce à une ventilation mécanique par insufflation (VMI), conçue et fabriquée par Ventilairsec Group et distribuée par Neoventil. « Nous travaillons depuis plusieurs années pour déployer des maisons aux dispositifs innovants accessibles au plus grand nombre. Nous franchissons encore un cap avec Ventilairsec et cette nouvelle famille de maisons qui pourrait se situer au niveau Energie 3 sur le référentiel E+C- (Maisons de l’Avenir n’a pas souhaité faire de démarche de labélisation) », indique Hermann Genouel, président de Maisons de l’Avenir. « La Bâti Activ dépasse même les exigences qui devraient figurer dans la future réglementation énergétique 2020 en termes de santé publique », poursuit-il.


Ventilation par insufflation

Plutôt que de renouveler l’air de la maison en aspirant l’air vicié des pièces humides comme le fait une VMC par extraction classique, la VMI insuffle mécaniquement de l’air neuf dans les pièces de vie, après l’avoir préchauffé jusqu’à 18 °C et fait passer par un filtre F7 qui retient les particules extérieures à partir de 0,5 micron. De quoi faire respirer la maison et participer aux besoins de chauffage en hiver. Des radiateurs électriques disposés dans chaque pièce permettent de couvrir les besoins de chauffage restants.

En été, lors des fortes chaleurs, la VMI peut aussi assurer le rafraîchissement passif de l’habitat pour abaisser la température avec un fort débit autour de 120 m³/h. « La nuit en période estivale, la fonction surventilation de la VMI va accentuer son débit de ventilation – 120 m³/h au lieu de 80 m³/h en période normale – pour tirer parti au maximum de l’air frais extérieur. Le fait d’accélérer le débit permet de faire entrer la fraîcheur dans le bâtiment plus rapidement et ainsi de rafraîchir l’habitat », développe Michèle Potard, cogérante de Ventilairsec Group.

La production d’ECS est, quant à elle, assurée par un chauffe-eau thermodynamique sur air extérieur.


34 m² de photovoltaïque

Avec des équipements « tout élec », le recours au photovoltaïque s’est imposé. Le breton Maisons de l’Avenir a donc fait fi du conflit normand-breton du rattachement du Mont-Saint-Michel et est allé trouver le fournisseur normand de panneaux PV Terre Solaire pour alléger la facture énergétique de la maison et la faire tendre vers 0 euro.

Terre Solaire a mené simulation sur une maison implantée de 93 m² habitée par 4 personnes à Romillé en Ille-et-Vilaine. En l’équipant de 27 panneaux solaires exposés plein Sud – soit 46 m² de surface –, ces derniers produiraient 8 790 kWh d’électricité par an, une production supérieure à la consommation annuelle globale de la maison estimée à 5700 kWh qui permettrait en associant autoconsommation et revente du surplus de faire tendre la facture énergétique globale –purement électrique - vers 0 euro.

Mais la première maison Bati Activ à Vallet (44) ne sera, elle, équipée que de 20 panneaux solaires - soit 34 m² - car « il n’y avait pas la place pour en installer plus », précise Jean-Christophe Cheylus, DG de l’entreprise normande Terre Solaire.

Entre 30 et 40 % de cette production sera donc autoconsommée sur place lorsque la consommation coïncide avec la production. Le reste de la production (énergie en surplus) sera vendue au réseau Enedis. Le budget électricité annuel prévisionnel de la famille, en comptant également les consommations électrodomestiques, s’élève ainsi à 210 euros (les panneaux générant une économie annuelle de 78 % sur cette maison « tout élec »). « Sur une année, la production des panneaux PV dépasse la consommation, mais la production et la consommation n’ont pas forcément lieu au même moment : quand les besoins dépassent la production, le réseau assure le complément d’électricité. C’est pourquoi il est toujours pertinent de maximiser la surface de toiture couverte par les panneaux car ainsi, on baisse le prix de revient de l’électricité photovoltaïque et, grâce au surplus vendu sur le réseau, on arrive à compenser la facture d’électricité », explique Jean-Christophe Cheylus.


« Plus rentable sans batterie »

Terre Solaire n’a pas souhaité installer une batterie électrique de stockage car cela n’aurait pas été rentable économiquement. Sans batterie, cette même maison consommera annuellement 30 à 40 % de la production des panneaux. Le reste est injecté sur le réseau et vendu, notamment en journée lorsque la maison est inoccupée. « Avec une batterie, si la production est supérieure à la consommation, elle va se charger au lieu de vendre le surplus de production au réseau. Si la production est plus faible que la consommation (moins de soleil par exemple), la batterie va se décharger et moins d’électrons viendront du réseau en complément. Par exemple, avec une capacité de charge de 10 kWh, la mise en place d’une batterie rapporterait 50 centimes d’euros par jour au ménage, soit 180 euros sur une année. Avec un coût d’achat de 5 000 à 6 000 euros pour une batterie, le retour sur investissement est de plus de 30 ans. Même s’il est techniquement possible d’en installer une aujourd’hui, ce n’est pas une bonne opération économique. Cela pourrait évoluer si le prix de l’électricité augmente et que le prix des batteries est divisé par deux ou trois d’ici quelques années. Dans ce cas, il sera toujours intéressant d’ajouter une batterie au dispositif photovoltaïque », développe Jean-Christophe Cheylus.

 




Lire notre article Le photovoltaïque, vainqueur par KO sur le ring du label E+C-



PARTAGER

imprimer partager par mail

Newsletter

2 fois par semaine, recevez toute l’info de votre secteur : actualités, nouveaux services et produits, événements…

Je m'inscris

Archives

  • INTERVIEW D'EMMANUEL ACCHIARDI

    « N’ayez pas peur ! »

    Sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction au sein des ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires, Emmanuel Acchiardi livre à Génie climatique Magazine les premières ...

    4 octobre 2018

  • ENQUÊTE

    Le photovoltaïque sera-t-il vainqueur par KO ?

    Mise en place en vue de rédiger la future réglementation thermique, l’expérimentation E+Ctouche bientôt à sa fin. Les tendances qui se dessinent font craindre aux acteurs du génie climatique un cadre réglementaire qui invite à tartiner les toits ...

    3 octobre 2018

  • Bruit des PAC : Comment s’y retrouver dans la jungle des dB ?

    Si chercher à connaître le bruit d’une PAC peut s’apparenter à un travail de détective, comprendre les niveaux sonores affichés par les fabricants ne suffit pas. Pour s’y retrouver dans la jungle des dB, il faut, en plus de patience, faire preuve ...

    6 juin 2018

Dossiers de la rédaction
  • 3 novembre 2017
    La démocratisation des logements basse consommation, parfaitement étanches à l'air, empêche le renouvellement d'air par les défauts de l'enveloppe. Cette nouvelle donne oblige à soigner la ventilation. C'est une affaire de santé publique.
  • 6 janvier 2017
    Associant une chaudière gaz ou fioul, une PAC air/eau fonctionnant à l’électricité et une régulation pilotant l’ensemble, les systèmes dits hybrides étaient, il y a encore trois ans, quasi inexistants. Sur la première moitié de l’année 2016, les ventes ...
  • 6 décembre 2016
    La combustion « froide » de la pile à combustible fait déjà le bonheur de près de 200 000 ménages japonais. Plusieurs vents favorables à cet équipement se lèvent aujourd’hui en France et les mastodontes allemands du chauffage mettent toutes voiles dehors.
  • 1 décembre 2016
    Une vague de thermostatisation va s’abattre sur l’Hexagone
  • 26 septembre 2016
    Les rayonnements solaires qui inondent l’Hexagone pourraient chauffer gratuitement l’eau de millions de Français. Pourtant, le nombre de m² de panneaux solaires thermiques installés sur nos maisons et nos immeubles ne cesse de chuter depuis plusieurs années. Les ...

Produits et Services