Entreprises et marchés

« La digitalisation ne doit pas compliquer la vie des installateurs »

Propos recueillis par Eric Leysens | 20 juillet 2017 |

Enjeux de la digitalisation, rendez-vous manqué de l'hybridation ou encore avenir de l'autoconsommation, le DG France du groupe Vaillant - Régis Luttenauer - nous dit tout.


La digitalisation du monde du génie climatique s’accélère. Comment voyez-vous l’avenir ?

Nous mesurons que le monde du chauffage change d’époque et Vaillant Group va basculer de sa nature industrielle vers un groupe technologique où les cycles sont plus courts.  Nous nous renforçons en ingénieurs en informatique et de manière à tester toutes les solutions de connectivité, nous sommes en train d’équiper notre futur centre de R&D allemand de 230 plateformes d’essai produits (il ouvrira l’année prochaine).

Nous avons commencé avec une première brique technologique MiGo de Saunier Duval et eRELAX de Vaillant mais l’appétit du marché est moindre que celui que nous attendions. Il s’agit encore d’un marché diffus de geeks. C’est pourquoi, si nous sommes en marche vers plus de connectivité, nous souhaitons clairement prendre notre temps pour avancer, car il y a plusieurs points qui nécessitent encore d’être éclaircis.

Le coût de la communication pourrait, avec la croissance exponentielle de nombre de données à traiter, avoir des conséquences lourdes. Il faut donc faire le bon choix dès le départ. La question de la sécurité de la donnée est également primordiale. La montée en puissance de la connectivité nous oblige à optimiser la sécurité de nos serveurs qui contiennent des informations sensibles sur nos clients. Puis vient la question de la compatibilité des cycles de vie. Comment greffer une solution connectée sur un équipement destiné à vivre plus de 25 ans ?

Les industriels du chauffage semblent promettre aux installateurs un quotidien digital meilleur. N’est-ce pas là que se joue aujourd’hui la bataille entre les géants du chauffage ?

Avant de vouloir simplifier leur quotidien, il faut surtout veiller à ce que la digitalisation ne leur complique pas la vie. Nos installateurs ne doivent pas devenir des agents téléphoniques et faire face à des problèmes supplémentaires  et éventuellement revenir sur le lieu de l’installation pour vérifier si la chaudière est bien connectée à la box. Nous concevons donc avec attention des produits simples à connecter.  

N’y a-t-il  pas des secteurs où la digitalisation ne va pas attendre ?

Dans le logement social, la connectivité va se répandre rapidement. Les acteurs ont là des parcs à gérer et doivent s’assurer que les charges sont maitrisées. Ils sont demandeurs de systèmes capables de donner l’alerte quand il y a surconsommation et d’être à même d’activer les systèmes en cas de dérive. Sur ce terrain, nous souhaitons donc avancer plus vite dans la digitalisation. Mais chez les autres acteurs, les besoins réels doivent encore s’affiner.
 
L’autoconsommation est un sujet qui prend également de l’importance. La pile à combustible peut-elle y jouer un rôle ?

Nous avions beaucoup parié sur le fait que l’industrie automobile aller passer par la pile à combustible et donc abaisser son coût. Mais elle a été directement du pétrole au tout électrique. Nous n’avons donc pas de massification de la production et par conséquent pas de baisse de prix.

C’est une technologie très intéressante qui retient toute notre attention mais son heure n’est pas venue. C’est pourquoi nous avons suspendu le lancement de note pile. Nous ne souhaitons pas vendre un produit uniquement grâce aux subventions et nous n’allons pas former de nombreux installateurs à cette technologie (durant deux jours) pour qu’ils en installent une dans l’année…

L’avenir de l’autoconsommation se trouve, pour l’heure, uniquement du côté du photovoltaïque (malheureusement pas fabriqué en France), qui présente le double avantage d’être favorisé par le label E+ C-, préfigurant la prochaine réglementation, et d'être facilement installable (l’électricien s’arrange avec le couvreur, il y a juste des fils à connecter).
 
Y-a-t-il des raisons d’espérer également un rebond du solaire thermique ?
 
Nous avons tous un peu notre part de responsabilité dans les difficultés du solaire thermique. Il y tout d’abord eu beaucoup de contre-références notamment sur des installations pressurisées, problème qui a été résolu avec la mise en place d’équipements auto-vidangeables. Aussi, les coûts d’installation n’ont pas été abaissés alors qu’il est pourtant de plus en plus simple d’implanter un équipement solaire thermique.

Mais il y a des raisons d’espérer. Les politiques ont clairement compris que, contrairement au photovoltaïque, 80% du solaire thermique est fabriqué en France et qu’il s’agit d’une énergie gratuite. La difficulté est maintenant pour les pouvoirs publics d’offrir un nouveau cadre réglementaire qui lui permette de se développer, sans pour autant le favoriser par rapport aux autres technologies. Pour mémoire, nous nous attendions à ce que le couple solaire thermique -  gaz soit le grand gagnant de la  RT 2012 mais d’autres couplages avec des chaudières, comme le CET, ont empêché cette idylle.
 
En tant que vice-président de Coenove, association promouvant les mariages mixtes avec le gaz, vous observez avec intérêt le marché de l’hybridation. Quel constat tirez-vous ?

Le couplage petite PAC et chaudière au sein d’un seul équipement est une solution très efficace. Le fait de pouvoir utiliser le gaz par période de grand froid est très bon, aussi bien d’un point de vue macro (effacement de la pointe électrique française) que micro (réduction de la facture du ménage).

Mais cette solution n’a pas trouvé son marché car les acteurs du gaz n’ont pas nécessairement souhaité pousser la PAC; et les installateurs de PAC, qui sont avant tout des professionnels de la clim, n’ont pas eu envie d’aller vers la chaudière.

De plus, le couple chaudière pour le chauffage et CET  pour l’ECS ou le couple chaudière + PV sont d’autres formes d’ "hybridation" autour du gaz qui se sont révélées moins chères à mettre en œuvre dans le neuf qu’une chaudière hybride.

Vous êtes leader sur le marché de la chaudière gaz à condensation. Le succès de la PAC vous oblige-t-il à bouger ?

Si la chaudière gaz condensation reste une technologie d’avenir, la PAC ne pourra que progresser dans les années à venir, donc nous accompagnons ceux qui font du gaz aujourd’hui vers la thermodynamique. Cette année nous avons reçu à l’Académie Vaillant Group, dans nos formations consacrées au PAC, près de 240 SAV.
 
La F-Gaz exige de changer de fluide, avez-vous désigné un successeur au R410A ?

Notre choix n’est pas, à cette heure, arrêté. Nous sommes en train de le finaliser. Certains ont d’ores et déjà choisi le R32. Pour notre part, nous irons au bon moment avec le bon fluide. Il ne s’agit pas pour nous d’un enjeu majeur. Il nous semble tout aussi urgent de travailler à réduire le bruit des unités extérieures sans quoi, avec 80 000 PAC air/eau installées chaque année en France, les problèmes de voisinage vont rapidement se multiplier…
 

 

Lire notre article " Personne n’est venu au secours du soldat Hybride "



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