Entreprises et marchés

PAC alimentée à l’eau de la Seine pour le restaurant flottant de Ducasse

TARDY, Anne-Sophie | 4 février 2019 |

Premier bateau-restaurant 100% électrique en France, le « Ducasse sur Seine » mise sur la thermodynamique à la fois pour le chauffage/rafraîchissement de ses salons de réception, le maintien en température de ses batteries et la préparation de l'eau chaude sanitaire.



Bien qu'un système thermodynamique comme une PAC produit simultanément du froid et du chaud, il est rare que ces deux aspects de la même machine soient valorisés par l'utilisateur au même instant. Mais quand c'est le cas, les coefficients de performance (COP) atteignent des sommets, comme on peut le voir à travers l'exemple de la solution de confort climatique mise en œuvre à bord du « Ducasse sur Seine », le nouveau bateau-restaurant (130 places assises) à propulsion électrique du chef multi-étoilé.

« Pour ce projet, nous recherchions une solution thermodynamique qui soit compatible avec la température parfois très basse de l'eau de la Seine afin d'éviter non seulement les problèmes de gel, mais aussi l'effondrement des rendements », témoigne Antoine Rousseau, ingénieur responsable projet au sein de l'atelier d'architecture navale Seine Design. Après discussion avec l'installateur Climanet, il s'est avéré que le concepteur/fabricant français de PAC Lemasson disposait d'une offre adaptée à ce type d'exigences.

« Plutôt que d'effectuer un pompage direct dans le fleuve, avec tous les risques d'obstruction que cela comporte, nos PAC sont reliées à des échangeurs à tubes profilés de marque Alphaver positionnés sur le flan de la coque, à quelques dizaines de centimètres sous la ligne de flottaison. Dans ces tubes, nous faisons circuler de l'eau glycolée de façon à autoriser des températures négatives en sortie de matériel », explique Jean-Louis Berçaïts, dirigeant de Lemasson. Si de la glace peut éventuellement se former autour de l'échangeur, ajoute-t-il, « ce phénomène n'impacte pas durablement le fonctionnement de la PAC lorsque le bateau se déplace ».

Une PAC qui mérite par ailleurs plutôt le nom de thermofrigopompe dans la mesure où ce n'est pas seulement le chauffage du bateau qui est recherché, mais aussi la climatisation et la production d'eau chaude sanitaire, toutes ces opérations étant soit décalées dans le temps, soit simultanées. « Pour répondre au cahier des charges du restaurant, la prise d'énergie dans la Seine peut atteindre 100 kW en mode chauffage + ECS lorsque le bateau est à quai, sans aucun mouvement, précise Jean-Louis Berçaïts. En mode climatisation, l'évacuation de chaleur peut grimper à 160 kW. »

Du point de vue énergétique, le cas de figure idéal correspond en fait à un besoin de rafraîchissement dans certains espaces, par exemple la zone des batteries lithium-fer-phosphate – qui exigent une certaine stabilité en température –, et à un besoin simultané de chauffage pour d'autres, comme les salons de réception en période hivernale. Dans ce cas en effet, le rôle de la thermofrigopompe se borne à transférer la chaleur d'un point A à un point B du bateau avec un recours faible – voire  inexistant – au capteur immergé servant à l'équilibrage de l'ensemble. « Au lieu de quatre (en mode froid) ou de cinq (en mode chaud), le COP du système thermodynamique peut alors passer à neuf si la totalité du chaud et du froid sont valorisés au même moment », se félicite le dirigeant de Lemasson.

Les efforts du fabricant et de l'installateur ont porté notamment sur l'intelligence du dispositif de gestion d'énergie de façon à superposer le plus souvent possible les besoins en froid  à un endroit et la demande de chaleur en un autre. Sachant que la chaleur peut être valorisée soit en chauffage, soit en ECS. « Notre machine gère tout cela de manière entièrement automatique avec une grande robustesse du fait de sa structure modulaire en trois éléments indépendants d'une cinquantaine de kW chacun », détaille Jean-louis Berçaïts.

Sur ces trois modules (voir schéma), qui tous participent à la climatisation, l'un est dédié à l'ECS, avec une capacité de production de 400 à 500 litres/heure pour des besoins quotidiens estimés à 1 000 litres. S'il est nécessaire de produire du chauffage en plus de l'eau chaude, un deuxième et éventuellement un troisième module se mettent en route et vont puiser les calories dans la Seine. A l'inverse, si les besoins de climatisation dépassent les besoins de chauffage et que le ballon d’'ECS est déjà chargé, le système rejette la chaleur excédentaire dans le fleuve. Avantage de cette structure modulaire : en cas de panne d'un module, le système continue de fonctionner en mode dégradé.

Première expérience « flottante » de Lemasson, le « Ducasse sur Seine » a nécessité une étude spécifique en termes de résistance aux chocs et de compacité du matériel. « Celui-ci a été construit dans nos ateliers en fonction des plans de la coque, puis il a été testé, démonté, et enfin remonté en quelques jours sur la péniche. » Le restaurant a ouvert ses portes en septembre. Si voues êtes tenté par un réveillon du 24 à bord, comptez 280 euros par couvert.



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